Avec Mères du fleuve, Joël Roy poursuit son exploration sensible des « Gens du fleuve », ces communautés du Maroni dont l’histoire, la spiritualité et le quotidien restent trop peu connus en France hexagonale. Cette fois, il se penche sur le destin d’Ebbygay, jeune femme sur le point d’accoucher, ignorante encore des drames qui s’apprêtent à frapper sa lignée. Autour d’elle, cinq générations de femmes tentent de tenir debout face à la violence et à la forêt elle-même, qui observe tout.
L’auteur parvient à faire surgir un monde entier, avec son rythme, sa poésie, ses blessures et ses croyances. L’écriture est musicale, presque fluide comme le fleuve qui sert de décor et de frontière. Il y a là un mélange de réalisme dur et d’humanité vibrante, où chaque femme devient une figure de résistance, une mémoire vivante dans un territoire marqué par la guerre civile du Suriname et les héritages du marronnage.
Plus qu’un roman, Mères du fleuve est un hommage : à celles qui transmettent malgré tout. Un livre puissant qui touche autant par la beauté de ses images que par la vérité brute de ses personnages. À lire d’une traite, mais à garder longtemps en soi.
M.A-R.



